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La liquidation des actifs

La liquidation consiste à vendre tous les biens de la masse faillie pour récupérer des fonds et payer les créanciers.


Objectif

Maxim iser le produit de liquidation : - Vendre au meilleur prix possible - Dans délai raisonnable (pas vente bradée mais pas conservation coûteuse) - Modalités adaptées à chaque type bien


Vente du mobilier

Principe : Liberté du curateur

Le curateur vend librement (pas d'autorisation juge-commissaire nécessaire).

Modalités

Vente publique (commissaire-priseur) : - Enchères publiques - Transparence (concurrence acheteurs) - Frais : Commission commissaire-priseur (% prix vente)

Vente gré à gré (directe) : - Négociation avec acheteur identifié - Plus rapide - Risque sous-évaluation (curateur doit justifier prix)

Vente en bloc : - Lot complet (ex : tout stock magasin) - Gain temps - Prix global souvent < somme ventes unitaires

Vente unitaire : - Pièce par pièce - Maximise prix si biens valeur - Plus long

Critère décision

Meilleur intérêt créanciers = Prix max dans délai raisonnable


Vente des immeubles

Autorisation obligatoire

Le curateur doit obtenir autorisation juge-commissaire (ordonnance).

Pourquoi ? Immeubles = Actifs importants (contrôle renforcé)

Vente publique

Procédure : - Cahier charges (description, conditions) - Publicité (affiches, annonces) - Séance enchères (notaire) - Adjudication au plus offrant

Avantages : Transparence, concurrence

Inconvénients : Délai long (3-6 mois), frais élevés

Vente gré à gré

Procédure : 1. Expertise immeuble (expert désigné) 2. Négociation avec acheteur 3. Autorisation juge-commissaire (prix ≥ expertise - X%) 4. Homologation tribunal (jugement approuvant vente) 5. Acte notarié

Avantages : Plus rapide, moins frais

Inconvénients : Risque sous-évaluation

Créancier hypothécaire 1er rang

Droit spécial : Peut vendre lui-même l'immeuble grevé (après 1er PV vérification).

Procédure : - Notification curateur et juge-commissaire - Vente selon règles saisie immobilière - Produit consigné CDC - Paiement selon rang hypothèques


Going concern (vente entreprise en activité)

Définition

Going concern = Vente de l'entreprise en activité (avec emplois, contrats, clientèle) plutôt que liquidation pièce par pièce.

Avantages

Prix supérieur : Entreprise fonctionnelle vaut plus que somme actifs dispersés

Emplois sauvés : Travailleurs repris par acheteur

Rapidité : Une seule transaction vs multiples ventes

Intérêt économique : Maintien activité, savoir-faire

Conditions

Repreneur trouvé : Entreprise/entrepreneur intéressé

Entreprise viable : Activité peut continuer (clients, commandes, personnel compétent)

Autorisation tribunal : Jugement approuvant cession

Convention collective n°32bis

Protection travailleurs lors cession entreprise en faillite :

Principe : Nouvel employeur n'est PAS obligé reprendre tous travailleurs (contrairement cession hors faillite).

MAIS : - Informationconsultation : Travailleurs informés, peuvent donner avis - Critères objectifs : Choix travailleurs repris = Critères non discriminatoires - Délégué syndical : Si présent, doit être informé

Conséquences : - Travailleurs non repris : Licenciés (indemnités via FFE) - Travailleurs repris : Contrat continue avec nouvel employeur (ancienneté conservée)

Procédure

  1. Recherche repreneurs : Curateur publie offre (sites spécialisés, contacts secteur)
  2. Offres : Candidats soumettent propositions
  3. Négociation : Curateur négocie prix et conditions
  4. Information travailleurs : Consultation (CCT 32bis)
  5. Autorisation tribunal : Jugement homologuant cession
  6. Transfert : Acte de cession, prise effet

Prix going concern

Généralement : - Actifs matériels (valeur comptable nette ou expertise) - PLUS Prime "going concern" (goodwill, clientèle, contrats)

Exemple : - Actifs matériels : 50 000 € - Prime going concern : 30 000 € - Prix total : 80 000 €


Actions en récupération d'actifs

Nullité des actes de la période suspecte

Période suspecte : Période avant faillite où certains actes sont annulables (protéger créanciers contre détournements).

Nullité de plein droit (automatique)

Sans preuve fraude :

Paiements dettes non échues (6 mois avant faillite)

Paiements dettes échues par moyens anormaux (10 jours avant jugement) - Exemple : Payer en nature (biens) au lieu argent

Sûretés constituées pour dettes antérieures (6 mois avant jugement) - Exemple : Hypothèque donnée pour ancien prêt

Nullité facultative (si préjudice masse)

Avec preuve préjudice + connaissance état faillite :

⚖️ Actes à titre gratuit (donations) : Annulables si dans 6 mois ou 10 ans (selon valeur)

⚖️ Paiements : Si créancier savait état faillite (favorisé injustement)

⚖️ Ventes vil prix : Actifs vendus très en-dessous valeur

Délais action : 6 mois à 3 ans selon type acte (depuis jugement faillite)


Revendications (biens tiers)

Propriétaires légitimes peuvent récupérer leurs biens indûment dans masse.

Exemples :

🏠 Leasing : Société leasing revendique bien loué (voiture, machine)

📦 Clause réserve propriété : Vendeur impayé revendique marchandises livrées

🏭 Dépôt/Consignation : Déposant revendique stock en dépôt

Procédure : 1. Déclaration rapide au curateur (avant vente bien si possible) 2. Preuves propriété (contrat, factures, clause) 3. Curateur vérifie et restitue OU conteste 4. Si contestation : Tribunal tranche

Délai : Dès connaissance faillite (plus vite = mieux)


Actions en responsabilité contre dirigeants

1. Comblement de passif (art. XX.225 à XX.234)

Principe : Dirigeants ayant commis faute grave ayant contribué à faillite peuvent être condamnés personnellement combler (partiellement ou totalement) le passif.

Fautes graves types :

Comptabilité : - Absence totale comptabilité - Comptabilité gravement incomplète/irrégulière - Destruction documents comptables

Gestion : - Prélèvements personnels excessifs - Dépenses somptuaires (train vie luxueux sur fonds société) - Poursuite activité alors que manifestement déficitaire sans espoir

Paiements : - Non-paiement systématique créanciers publics (ONSS, TVA) - Paiements préférentiels proches/apparentés

Actifs : - Détournement actifs - Ventes vil prix à proches - Dilapidation patrimoine

Qui agit ? : - Curateur (priorité) - Créanciers si curateur refuse (après sommation 1 mois)

Sanction : Condamnation payer X euros à masse (montant = préjudice causé, partiel ou total passif)

Effet : Somme versée masse → Augmente dividende créanciers


2. Responsabilité cotisations ONSS

Loi spéciale : Dirigeants responsables personnellement arriérés ONSS sur patrimoine personnel.

Conditions : - Arriérés ONSS société faillie - Faute dirigeant (négligence, non-paiement volontaire)

Qui agit ? : ONSS directement ou curateur (subrogé)


3. Wrongful trading

Principe : Poursuite déraisonnable activité alors que dirigeant savait (ou aurait dû savoir) faillite inévitable et que poursuite aggravait passif.

Conditions : - Situation manifestement compromise (dettes > actifs, pertes récurrentes, crédit rompu) - Poursuite activité malgré tout - Aggravation passif (nouvelles dettes)

Sanction : Responsabilité personnelle dirigeants = Montant aggravation passif


Encaissement créances

Créances dues au failli

Curateur encaisse toutes sommes dues au failli :

Exemples : - Factures clients impayées - Loyers dus (si failli bailleur) - Indemnités assurances - Remboursements TVA - Subventions dues

Procédure : - Notification débiteurs (curateur représente masse) - Mise en demeure si non-paiement - Action justice si nécessaire (tribunal)


Créances douteuses/litigieuses

Si créance contestée :

Curateur décide : - Poursuivre action (si chances succès + montant enjeu > frais procédure) - Abandonner (si créance faible ou chances nulles) - Transiger (accord amiable montant réduit)

Critère : Intérêt créanciers (maximiser récupération nette)


Dépôt fonds à la CDC

Obligation : Curateur doit déposer fonds encaissés à Caisse Dépôts Consignations (CDC) dans délai 1 mois.

Pourquoi ? : Sécurité (fonds publics, traçabilité, interdiction utilisation curateur)

Exceptions : Sommes nécessaires gestion courante (paiement charges, frais) conservées sur compte masse.


Questions fréquentes

Curateur peut-il vendre à vil prix ?

Non. Obligation vendre au meilleur prix.

Si vente douteuse : Créanciers peuvent contester (juge-commissaire ou tribunal).

Puis-je acheter les actifs de ma propre faillite ?

Oui (théoriquement), mais : - Vente publique (participation comme tout acquéreur) OU offre gré à gré - Prouver origine légale fonds (pas détournement) - Curateur très vigilant (risque sous-évaluation complice)

En pratique : Rare et complexe.

Que se passe-t-il si aucun acheteur ?

Biens sans valeur : - Curateur peut abandonner (laisser sur place) - Destruction si coût conservation > valeur

Immeubles invendables : - Expertise à 0 € ou valeur très faible - Abandon ou vente symbolique (1 €)


Ressources

📖 Le dessaisissement 📖 Le déroulement chronologique 📖 La clôture 🔗 REGSOL


{% hint style="success" %} À retenir :

💰 Objectif : Vendre au meilleur prix 🏠 Immeubles : Autorisation juge-commissaire 🏢 Going concern : Vente entreprise en activité (emplois sauvés) ⚖️ Actions responsabilité : Comblement passif si fautes graves 📊 Encaissement créances : Factures clients, indemnités